Dans un article précédent, intitulé «Lorsque la désunion fait la force», j’avais vanté les bienfaits de l’absence d’unification dans le monde des Arméniens.
De l’eau a coulé sous les ponts, depuis. C’est toujours comme ça, du moment que l’on reste en vie, dans la présente vie. Les Arabes ont de superbes dictons, dont celui-ci : «vis beaucoup, tu verras beaucoup». J’en connais très bien la version originale – avec la bonne prononciation -, que je me murmure très souvent dans ma vie. Mais je ne l’ajouterai pas ici, comme le font certains Français d’origine arménienne qui ne comprennent pas vraiment l’arménien, mais qui en font des traductions souvent erronées en Français, en y balançant un mot plus ou moins en arménien – en caractères latins mais en italique, pour donner le change, pour faire illuse… – On ne voit ça qu’en français, soit-dit en passant, car les Anglais et les Américains s’en foutent des Arméniens, incluant leur langue moribonde).
À la lumière de ce dicton arabe, un élément du contenu de mon susdit article du passé que je pourrais réviser avec plaisir, à présent, c’est par la constatation que somme toute, à ce stade-ci, les épreuves fatidiques que les Arméniens traversent depuis 8 ans aura créé plus d’union, que de division.
Puisque le Génocide, pour cacher ce mot que nous ne saurions voir (pour ne point énerver les Turcs) est devenu “1915”, alors, que le déclenchement de la joyeuse auto-destruction des Arméniens soit désormais désigné par «2018». Avec la même pudeur, le même laconisme magnanime. La même élégante prévoyance envers les auteurs de l’acte génocidaire des Turcs, pour «1915», exercée en l’occurrence, par la désignation «2018», envers les auteurs, participants et supporters arméniens du suicide national arménien, sur le sol arménien.
Mais il y a du bon, dans ce qui est ainsi survenu…
La polarisation engendrée par 2018, et par la suite continuellement fomentée, entretenue et alimentée par le régime infernal qui en a résulté, a permis d’opérer – en parallèle avec le nettoyage ethnique en Artsakh – un certain nettoyage hygiénique interne, dans le monde arménien. Un lavement abondant, certes malodorant et dégoûtant, mais cependant thérapeutique – voire vital – pour la santé à long terme de l’organisme principal.
Des masques sont tombés. Les niveaux réels de culture et de connaissances, voire d’intelligence, se sont révélés au grand jour. Les efforts de diplomatie à l’interne, exercés (inutilement) par ceux et celles pour qui les Arméniens ne sont pas seulement qu’un peuple, mais aussi une nation – dans le sens élémentaire de ce terme et concept – , a pris fin.
Ouf! Les choses sont devenues plus claires. Les Arméniens authentiques, ceux et celles qui n’ont jamais perdu leur identité originelle en voulant se faire passer pour quelqu’un d’autre, ont intégré leur camp originel. Ils ne perdront plus de temps ni ne gaspilleront leur intellect, leur temps et leurs forces pour tenter, en vain, de trouver un terrain d’entente – voire simplement d’un dialogue réel – avec… les autres Arméniens. Voilà donc un effet bénéfique de 2018.
Mais cela va plus loin encore. Au-delà du retour au bercail, de la fin des efforts inutiles, de la rupture intégrale avec toute personne toxique portant par hasard un nom arménien. Car tout cela, c’est au niveau individuel, ça se situe sur les plans personnel, social, familial, communautaire.
Cependant, dans un sens plus large et profond, grâce à «2018», un phénomène d’union nationale sans précédent s’est établi dans le Monde Arménien.
Ni «1915», ni la fondation de la République d’Arménie en 1918, n’avaient jamais engendré une telle chose. Pour ce qui est du second événement, ce fut même tout le contraire !
Et voilà donc le miracle de «2018»! Parachevé, comme il se doit, par l’Église.
En effet, le processus d’épuration (ce vaste lavement salutaire) amorcé en 2018 à Yerevan a abouti à des alliances inespérées, qui ont atteint leur point de culmination grâce à l’assaut lancé par le gouvernement de l’Arménie contre l’Église des Arméniens.
Des alliances entre des Arméniens qui, pendant longtemps, sur plusieurs générations, n’étaient pas du même bord. Pour le moins dire… Car ces conflits internes ont mené aussi à des épisodes d’actes fratricides.
Il s’est ainsi opéré une union, une unification entre Arméniens, que l’on ne pouvait imaginer il y a 40 ans, 50 ans, 80 ans…
En Diaspora, excepté l’un seul des trois partis traditionnels (lequel de toute façon n’existait plus depuis longtemps, ne donnant signe de vie que par des communiqués insipides pondus par et pour les mêmes 2-3 individus), les deux autres, ayant résisté et survécu au passage du temps et aux changements des époques, ont établis des points de réconciliation, de conciliation, inouïs. Sans précédent. Une jonction nationale, carrément.
Si l’on prend en compte le fait que les hentchaks s’étaient originellement fusionnés dans la FRA (nommée alors Fédération DES Révolutionnaires Arméniens – Kevork Tchavoush était initialement un hentchak, pour ne citer que cet exemple… -), la coalition actuelle (l’alliance objective, si vous voulez ) entre la FRA et une bonne partie des composantes les plus importantes du Parti Ramgavar, relève d’une unité nationale que l’on croyait impossible, chimérique, inespérée.
Quant à l’UGAB, cette organisation mondiale arménienne qui est devenue à présent le ciment qui scelle l’unité nationale mondiale des Arméniens, les tensions passées entre elle et la FRA – suscitées par la mainmise temporaire des Ramgavars soviétisés sur cet Organisme pourtant apolitique et autonome – n’appartiennent plus qu’à un passé révolu. Comme quoi, le progrès n’est pas toujours une mauvaise chose…
Pour n’oublier personne, soulignons aussi que des anciens de l’ASALA et les milieux auxquels d’aucuns attribuaient des liens avec l’ARA et les JCAG, sont à présent sur la même longueur d’ondes ! Qu’ils pensent notamment à cela aussi, les Turcs qui croient que leur Pashinyan tombé du Ciel (envoyé par leur Allah) serait un cadeau céleste, pour eux. ‘Faudra repasser…
Mais le phénomène de cette unité nationale sans précédent ne se limite pas à la Diaspora.
La levée de boucliers panarménienne, à la rescousse de l’Église Apostolique Arménienne, constitue également, dans d’autres sphères la preuve d’une unité entre Arméniens qui était jusqu’à présent inconcevable.
Il convient à cet égard de mentionner la communion entre les deux Catholicossats.
Car dans la logique de concurrence et de rivalité qui a prévalu pendant 70 ans lors de l’URSS (et même par la suite, le paternel idéologique de Pashinyan, Der Bedrossian, ayant réussi à obtenir la défection de Karekine I vers Yerevan), le Catholicossat de Cilicie aurait eu intérêt à se joindre au régime Pachinyan dans la campagne de démolition de celui-ci contre le Catholicossat d’Etchmiadzine. Or, cela n’a été nullement le cas. Que ce soit en Arménie ou en Diaspora, les quelques membres épars du clergé qui auront choisie la voie de l’acoquinement avec des mécréants, de l’hérésie et de la violation de leur serment ecclésiastique, sont tous des servants d’Etchmiadzine. À part ces quelques judas en herbe anecdotiques, le regroupement autour de l’Église Arménienne s’est dûment établi, par Etchmiadzine et par Antélias. Et ce, tant au niveau des instances spirituelles de ces Catholicossats que de leurs administrateurs civils (liés aux organisations politiques arméniennes majeures de la Diaspora et leurs vastes organisations affiliées ou collatérales)
Sur le plan spirituel, au-delà de cette union entre les deux branches de l’Église Apostolique Arménienne, leurs serviteurs civils et leurs fidèles, la défense mondiale de l’Église Apostolique Arménienne, contre les agressions innommables à l’encontre de cette Institution Nationale, regroupe également des Arméniens catholiques, protestants, évangélistes (qui ont bien compris que la cible ultime n’est pas le Catholicos, mais la Foi chrétienne).
Même certains Arméniens athées ont su comprendre que les attaques contre l’Église Nationale des Arméniens ne peuvent que causer un grave préjudice à tous les Arméniens. D’autant plus qu’elles s’inscrivent dans un contexte plus vaste de tentative de destruction de toutes les valeurs fondamentales (et fondatrices) de la collectivité nationale universelle des Arméniens. Ajoutons encore dans cette union des hommes et femmes d’affaires, des entrepreneurs & cie. Ceux-ci aussi, s’ils avaient réfléchi avec leur portefeuille et leurs projections comptables corporatives, auraient eu intérêt à se joindre à un régime mercantile autocratique, composé de commerçants ratés et de marchands malhabiles déguisés en dirigeants politiques, disposés à tout brader pour conserver leurs sièges et qui, au lieu de provoquer les Turcs avec «l’Artsakh c’est l’Arménie» de leur gourou désaxé, relevant d’une tactique insensée de marchandage de souk, alors qu’ils n’avaient nullement les moyens d’en assumer les conséquences tragiques, ont fini par se réfugier – avec leurs salaires gras, leurs comptes de frais étendus, et leurs primes généreusement auto-versées (les bakshishs, co-actionariats et autres commissions en sus) dans le mantra «l‘Arménie c’est du Bizness», point barre!“
Mais en dépit de cela, les businessmen de haut niveau (pas les pathétiques aspirants à ce statut), tant en Arménie qu’en Diaspora, se sont regroupés autour de l’Église Arménienne.
Dans le même ordre d’idées, je me suis laissé dire qu’il y aurait même des avocats Arméniens – en Arménie et en Diaspora- qui, au lieu de penser aux bonnes affaires juteuses – plus, possiblement, divers postes et fonctions que le régime en Arménie pourrait bien leur octroyer (comme on lance un os à un chiot) -, s’insurgent véhémentement contre les assaillants Arméniens de l’Église Arménienne. L’Armenian Bar Association, un organisme international regroupant des avocats et avocates d’origine arménienne dans de nombreux pays, a même fermement condamné les attaques contre l’Église en Arménie, sous ses diverses formes – dont la persécution du Catholicos et de nombreux autres membres du clergé, ainsi que leurs proches -.
Mais somme toute, la réalité le plus fondamentale de cette unité actuelle, sans précédent dans le monde arménien, se rapporte à une jonction inouïe entre la Diaspora et l’Arménie.
Vous vous rendez compte?, Levon Ter-Bedrossian et la FRA, sont à présent – et depuis un bout de temps déjà – sur la même longueur d’ondes ! Depuis 5 ans, les déclarations du Premier Président et de son Congrès et celles de la FRA, sont quasiment interposables !
Peu importe qui sont les individus qui représentent l’Institution de l’Église Arménienne, de l’Église des Arméniens – quels qu’ils soient – , les Arméniens savent tous, mieux que quiconque, que la Foi est un combat universel permanent contre Satan – qui a même tenté de tenter Le Christ – . Et qu’en tout cas, l’existence humaine est éphémère, transitoire, en ce bas-monde.
Cette union nationale, pan-arménienne, mondiale des Arméniens, consolidée en raison des attaques contre leur Église originelle, relève du miracle.
Alors Vade Retro, satana.
Et suite à la énième crucifixion en cours de la nation arménienne, on peut encore espérer que la Résurrection aura lieu. Cette fois-ci encore.
Haytoug Chamlian
P.S. Pashinyan et al. versus L’Église Arménienne

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